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Sauvés par le Kong #4 - SAUVÉS PAR LE KONG

Sauvés par le Kong #4

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From Peak to Pier,

1er sous-titre pompeuxfinalement abandonné et pas des masses compréhensible : poésie d’une itinérance odoriférante.

2nd sous-titre – en cours de discussion : aller d’un point A à un point B en reniflant toute la beauté qui nous submerge.

“Tout change” 

-520 av J.C Héraclite d’Ephèse professe le devenir universel.

Juin 2016 après Jézousse – pendant l’Euro de futchbôl.

Georges n’a pas à tendre l’oreille, on le lui a souvent tirée… “Tu vois ce truc? Y’a un an c’était tenu par des Français qui se gavaient grave. Fines bulles, émail diamant, la totale. Ça riait fort, parlait tout bas. Depuis la crise on dirait la Porte de Clignancourt, et encore plutôt les abords. Ils se sont barrés et depuis pas sûr que ça pétille ailleurs. Tu connais Héraclite connard? ” 

George déambule. Elgin Street.

La rue qui escamote les devantures comme un paradis fiscal les boîtes aux lettres sent la liesse. Parce que la ville bouge sans cesse tu comprends. Umpf soupire-t-il. C’est marrant parce qu’en revanche les videurs népalais ont toujours la même gueule. Quelques notes de musique s’échappent. S’écoule un standard des années 80, de la daube à donf, de cette époque où les hipsters d’alors pensaient que le saxo, c’était cool, que le synthé c’était l’avenir…

“Bach to the Future” maugréait George, si seulement le glockenspiel et le violoncelle pouvaient renverser la tendance. La Peña Picada – George se colloque au zinc, voir l’ami César. Tout règne dans une insolente euphorie, du verre qui trinque à la bise qui claque. Griezou plante, éructions, érections. Il s’aventure dans l’espace clos, chill in, distribue les bises.

– Avé, qu’il lui dit George. 

 – Une pinte à bulles? rétorque César . 

Rictus approbation, regard en coin con. But. Bof. Et donc? Pas loin, une Chilienne aux joues creuses, ridées, cavées se délecte d’un riz pilaf. Pouf, il engage la discussion parce qu’il est poli. L’Evita locale cause si bien anglais, à peine saupoudré d’accentuations spanish… Ça mérite son flot de questions, George se rapproche.

 – Z’avez fui l’pays après la chute d’Allende? Après le coup d’état de Pinochet?“ 

 – No Pinochet c’est mon super-hero ! Le Chili n’a jamais été aussi grand. C’était un génie ce gars, un grand homme vraiment. T’en penses quoi de ce riz, goûte cabrón !

Faute à un prurit, elle gratte son dos sévère, Évita. En veines elle arbore un tatouage incompréhensible. George derechef s’interroge. Il comprend que dalle à son tatou. Un papillon? Une planche à voile? Elle lui avouera plus tard que c’est un papillon qui fait de la planche à voile.

Unique“ qu’elle pavane, ”putain tu m’étonnes“ qu’il s’étonne. C’est pas à mettre entre tous les yeux mignonne, y’en a qu’on les orbites critiques qu’il songe alors Georges.

– aucun rapport avec Pokémon Go pas vrai ? 

– Et bien joustement…

Georges aurait souhaité lui découper l’avant-bras mais souffle de soulagement. Il tient son MacGuffin et Griezmann vient de planter son second pion. La France est sauve mon général.

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 Journée du 8 août – plein soleil – Hauts du Peak. Surplomb en bas, mercure en haut.

 Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants, Doux comme des hautbois, verts comme des prairies, Et d’autres corrompus, riches et triomphants, […] Correspondances in les Fleurs du Mal – Charles Baudelaire (1857)

La torpeur décuple les fragrances, l’humidité les retient dans l’air. George et son gogol de nez sont prêts à dévaler ce “Peak to Pier” comme l’itinérance incroyable, verticale et parfumée du Port odoriférant. French flair. Fragrances flagrantes, chaque spot exsudera les parfums particuliers de Hong-Kong. Et en déversera sa poésie. Puisqu’il se le dit.

George la veille se gorgeait de certitudes : que le porno au fond c’était que de l’amour, que les gens qui font de la muscu ou du théâtre ont toujours eu un gros problème de confiance en soi et que Denver le dernier dinosaure n’était pas un diplodocus mais bien le Corythosaurus le plus cool de tous les temps. De tout cela tabula rasa.

Pleine conscience, pleins poumons, il respire à fond et appuie sur le triangle de son iPod – No Line on the Horizon de U2. 

Le shuffle fait si bien les choses.

I know a city who’s like the sea I watch her changing every day for me 

Fort de ça, il s’élance toutes narines dehors. Il va littéralement s’envelopper du présent. Piger enfin ce que sont ces synesthésies dont on le bassine depuis Correspondances de Charly B. Quel plus bel endroit que le Port aux parfums ?

One day she’s still, the next she swells You can hear the universe in her sea shells

Bauhinia l’emblème, le bois de santal, les flamboyants en cascade, pschit- pschit de ilang-ilang, cotonnier dépassé, à présent le bois de rose puis le rhododendron cantonais. Viennent le magnolia carmin de Hong-Kong, le laurier des verts sombres et son cousin le camphrier. George se sent comme Des Esseintes au dixième chapitre d’À Rebours alors qu’il dévale de cadence effrénée les hauteurs d’un port aux baumes qui seules respirent. Ses orgues sont pleines à rabord.

Le Peak est calme mais George est d’humeur strombolienne.

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La vue des papillons l’exalte et ses papilles salivent : litchi exotique, jacquier, caramboles pas carambars, bambous bouddha et enfin l’ombre d’un banian où il expugne son bien être tout entier d’être en vie. Et il croit enfin parce que c’est absurde.

I know a city with a hole in her heart She said infinity is a great place to start

Tel un Nicolas Bouvier épuisé au bout de 2 km, George se pose et hallucine, en viendrait presque à discuter avec les arbres et se souvient des bons mots du passant considérable et de sa première saison infernale :

‘A moi l’histoire d’une de mes folies… J’inventai la couleur des voyelles… Je réglai la forme et le mouvement de chaque consonne, et avec des rythmes instinctifs, je me flattai d’inventer un verbe poétique accessible un jour ou l’autre à tous les sens… J’écrivis des silences, des nuits, je notais l’inexprimable, je fixais des Vertiges…’

Le rêve s’achève à une encoignure de la Bank of China, une immense vespasienne pour qui l’argent n’a plus d’odeur depuis longtemps… Elle reflète un Klimt bien engoncé jusqu’au torticolis. Il y voit de la beauté, s’en inspire. Georges poursuit sa route dans Pedder Street embaumé ad nauseam du Fierce en flacon d’Abercrombie & Fitch et manque de perdre connaissance, des lieux et de lui-même…

L’odeur d’essence du Srar Ferry et les poissons séchés de Bonham Strand sonneront le glas… Sa catabase kongaise vaudra pour son constat, les parfums purs donnent le vertige que si on les touche et zieute de là haut.

Every night I have the same dream I’m hatching some plot, scheming some scheme

Oh yeah Oh oh oh oh oh oh oh I’m a traffic cop, rue du Marais The sirens are wailing but it’s me that wants to get away

by Sven LARSONN
photos originales : Alexandre ARTRU


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