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« Chercher l’or du temps » - SAUVÉS PAR LE KONG

« Chercher l’or du temps »

« Chercher l’or du temps »

Un Article « Surréaliste » 🌍🍊🌏🍊

À la manière de Nadja d’André Breton

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Article paru dans « Paroles » / Mai 2021, le magazine de l’Alliance Française de Hong-Kong 🇭🇰

« Le poète avait raison, la Terre est bleue comme une orange ». Difficile d’affirmer que cette phrase de l’astronaute Anders est avérée mais l’anecdote est trop belle pour être passée sous silence. La comparaison surréaliste du poète Paul Éluard, devenue un poncif des manuels littéraires, devint une révélation prémonitoire et visionnaire une fois mise en orbite. Avec Apollo VIII, l’Américain s’approcha de la Lune et en fit le tour une dizaine de fois en 1968. C’est au cours d’un de ces passages qu’il prit la célèbre photo du « lever de Terre », dévoilant ce que nul n’avait jamais vu sinon l’auteur du recueil « l’Amour la Poésie » en 1929.

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L’image est révolutionnaire puisque d’abord ridicule elle est devenue évidente. Il suffisait juste de s’arracher du ciel qui nous contient pour percevoir l’écorce terrestre pelée comme celle d’un agrume. Éluard est le grand ami d’André Breton, figure de proue et pape auto-proclamé du groupe surréaliste qui rassemble Tristan Tzara (Dada c’est lui!), Hans Arp, Salvador Dali, Yves Tanguy, Max Ernst, René Crevel, Man Ray pour les moins anonymes. « Transformer le monde, a dit Marx ; changer la vie, a dit Rimbaud : ces deux mots d’ordre pour nous n’en font qu’un » résume son éminence Breton en 1935. Mais l’explosion surréaliste naît officiellement en 1924 sous sa houlette lorsqu’il qui en écrit le premier manifeste. En 1928 jaillit Nadja, le roman culte. Collages ébouriffants, éclairs de surprise, rêves a gogo, inconscient, subliminal mais sciemment sublime, putschs de la pensée qui visent le dérèglement de tous les sens et pourquoi pas la révolution? Par l’Art, bien sûr, avec un A noir majuscule, velu, bombillant de mouches éclatantes…

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L’Adoration du Veau ou l’Inconscient 

« Le coeur humain est beau comme un sismographe », qu’on se le dise… Le surréalisme, lui, oscille entre différents domaines d’expressions et d’expériences. Littéraire au début, poétique surtout, il se développe dans les arts plastiques, le cinéma et trouve son climax grand écran avec le « Chien Andalou » de Bunuel. Son nom s’inspire du sous-titre « drame surréaliste » – de la pièce de Guillaume Apollinaire « les Mamelles de Tirésias ». Mais qu’est-ce que le surréel ? Le refus de Dieu ? Un registre amphigourique entre merveilleux et absurde? Abscons à mi-chemin entre fantastique et tabou freudien? C’est un état d’âme, le projet hallucinant d’halluciner au saut du lit même si le réveil s’évertue à sonner sept heures; LES AUBES clignotent sur une « plaque indicatrice bleue »; c’est peut-être une manière d’être au monde, de voir et de penser au-delà de ce qui nous environne « en dépit de ce prolongement et de tous les autres, qui [nous] servent à planter une étoile au cœur même du fini » poursuit Breton dans Nadja avant d’asséner : « La vie est autre que ce qu’on écrit ».

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Pour l’appréhender; ce quotidien qui nous dévore, la poésie du regard neuf (re)devient primordiale: libérer les mots pour libérer la pensée. Avec pour itinéraire : l’inconscient, l’amour, le rêve et soyons sérieux : la folie. A l’occasion de l’exposition Mythologies qui se tient jusqu’au 15 septembre 2021 au  Hong Kong Museum of Art (HKMoA)  nous vous proposons  septembre de déambuler surréaliste dans un Hong-Kong perdu d’être heureux. A l’instar de Breton qui sur Nadja tombe à pic en plein Paname, yeux de fougère tout ouverts, espérez que tous les hasards objectifs vous mènent au musée : « Elle me dit son nom, celui qu’elle s’est choisi : Nadja, parce qu’en russe c’est le commencement du mot espérance et parce que ça n’en est que le commencement »       

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Cadavre exquis n’est-il pas ?

-Au loin l’incendie ravageait le village de mon enfance et tout à coup surgit une grosse panthère verte. Une dame brûlait tous ses mauvais souvenirs; les flammes embrasaient tout sur l’avenue des Champs-Élysées; au coin de la rue de Berri un quidam sirotait une limonade fraîche – A n’y rien comprendre ce rêve sans queue ni tête qui ne mène à rien, si ce n’est à sa beauté convulsive, désirée pour elle-même, déliée de tout, incohérente et inconsciente. Deux personnages. Un café pacifique et des vitres bleues pour tout océan. Vous saisissez une cuillère qui « est comme le coeur d’une fleur sans coeur ». Ce jour-là, hasard objectif à part, le cours sur Medée avec Augustin nous menait d’un buffet cannibale à un cadavre exquis, une heure en forme de chimère décollée qui me rappelait Nadja, la sérénissime surréaliste parue en 1928. Quelle influence avait eu l’écriture d’André Breton sur cette journée?

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Quelle grille de lecture, quelles lignes de forces extralucides pourraient bien nous permettre d’habiter poétiquement – urbi et orbi – le monde et Hong-Kong? Lever aux horreurs, la cuillère tombe de façon paranoïaque-critique, une pluie grinçante rayonne sur un push météo; vivons et cheminons pour trouver l’art au coin de la rue, axiome tatoué au cœur : la beauté sera convulsive ou ne sera pas. Le bus 40 passe et vous l’avalez d’une gorgée OCTOPUS 8.9$ – l’étreinte de la Pieuvre se desserre et vous vous dirigez vers Klee, Miro, Dali, Magritte « avec ce système qui consiste avant d’entrer dans un [musée] à ne jamais consulter le programme […] ». Sans savoir pourquoi vos pas vous portent, sans but déterminé, « sans rien de décidant que cette donnée obscure à savoir que c’est là que se passera cela… ». Pouvoir d’incantation en bandoulière, le paradigme se transforme, et sous la pluie battante, la ville revêt une dimension inouïe, bientôt hallucinatoire.

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L’Enigme de la Fatalité ou le Hasard objectif

Pas de hasard donc, que des rendez-vous… « Automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale ». Voilà pour la définition péremptoire du Manifeste de 1924, burinée sur le divan du totem et tabou. Imaginez Freud en vis-à-vis observant sa montre molle pour vérifier l’heure du Grand Soir! Que le lecteur averti intervertisse « raison » et « bourgeoisie » et la phrase exhale soudain des relents léninistes dans lesquels la « dictée de la pensée » relèguerait le pape Breton au petit père des peuples… Mais la révolution surréaliste ne fera pas couler une seule goutte de sang. Elle restera cette spéculation intellectuelle, artistique, des choses abstraites n’aboutissant pas à la résolution de problèmes réels, ni de grand chose d’ailleurs sinon à capter au centuple les couleurs ou provoquer les rencontres inopinées : une métaphysique des mots et des images d’où peut surgir une femme-lune coupant un cercle. C’est Nadja et c’est tout autre. Ne demandez pas pourquoi, suivez vos rêves, palpez vos tréfonds et surgiront les réponses… Habiter poétiquement le monde l’exige. C’est un projet qui nécessite d’écarquiller les mirettes et de laisser advenir l’hallucination simple, de très-franchement voir des mosquées à la place d’usines

« Tu n’es pas une énigme pour moi »

Admettre et considérer la puissance du rêve à superposer le réel, le juxtaposer jusqu’à le confondre, hic et nunc. Car si « Je est un autre » comme l’avait subodoré Rimbaud, cet autre n’est il pas un fantôme qu’on traine? Un moi mis à distance, si loin, si proche, ni dieu ni maître en sa propre demeure? Déstabilisant n’est-ce pas? Cette confession de Breton dans Nadja l’est tout autant : « Qui suis-je ? Si par exception je m’en rapportais à un adage : en effet pourquoi tout ne reviendrait-il pas à savoir qui je “hante” ? »

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Quête de soi, quête de l’autre. Et Freud ne s’était peut-être pas tant trompé qui affirmait que tout ce qui échappe à la pensée logique est ce qu’il y a de plus décisif à explorer, que seule l’odyssée aux limites de l’inconscient permettra de saisir l’homme dans sa totalité. La libération de la vie psychique – quel meilleur moyen que l’art? doit accorder l’imagination de l’individu au rêve, son affectivité à ses désirs enfouis, la pleine conscience du réel à l’amour au coin de la rue. Alors seulement l’individu se réconciliera avec lui-même et avec le monde. Le Surréel est le réel exploré, vu, absorbé, visité, aimé, vécu dans l’harmonie de l’instant la plus complète. Voilà pour la dernière grille de lecture : Nadja, c’est l’amour fou au coin de la rue – jusqu’à reconnaître que l’autre n’est plus une énigme pour soi; c’est Léona Delcourt, mythe littéraire et muse éternelle, surgie du 4 au 13 octobre 1926 et retrouvée à chaque fois que l’on feuillette le chef d’œuvre de Breton : « mais que me proposait-elle? N’importe. Seul l’amour au sens où je l’entends – mais alors le mystérieux, l’improbable, l’unique, le confondant et l’indubitable amour – tel enfin qu’il ne peut être qu’à toute épreuve, eut pu permettre ici l’accomplissement du miracle. » Rentrez dans ce musée comme si vous rentriez en vous.

Matthieu Motte 

Paroles 262

Une exposition surréaliste à Hong Kong / Il jouait du piano debout… / La scène contemporaine du Street art à Hong Kong / Contes et merveilles au cinéma : une certaine tradition française / Patrick Lui : Quand le jazz est là / Joanne Chan, passeuse de cultures / Hong Kong, une ville construite sur l’eau /  « Chercher l’or du temps » : un article « surréaliste » à la manière de Nadja d’André Breton / La société française en transformations / Des nouvelles des cours /  PLUS LOIN : Jusqu’où irez-vous avec le français ? / Un petit tour de France du vin bio

Sauvés par le Kong /

www.sauvesparlekong.com /

sauvespourlebac.com

In collaboration with the Hong Kong Museum of Art (HKMoA), this exhibition organised especially for the Hong Kong audience will feature the greatest works by Surrealist artists in the collection of the Centre Pompidou and is curated by the worldwide authority in the field, Didier Ottinger. The curatorial concept illustrates all important stages and aesthetics through the lens of mythologies, a concept that permeates the journey of surrealism.

Since its creation in 1924, the Surrealist movement sought to invent a mythology of modern times. In the wake of the great poets such as Homer, Virgil and Dante, the surrealists wished to create a mythology of their era, that would reflect its community, history and dreams. Through Giorgio de Chirico, Greek mythology had a profound influence on the early Surrealism and artists such as Salvador Dali, Francis Picabia, Max Ernst. The quest for a modern mythology was at the heart of the surrealism during the 1920’s and 1930’s. Notions of the enchanted city and mad love all contributed to the emergence of the Surrealist myth, which finally appeared in 1938 in the shape of the Grand Transparent, a cosmic messenger between life and death.

During World War II, Surrealism turned towards the divinatory aspect of mythology. Exiled in New York, the group deepened its interest in occultism and esotericism. Their discovery of Native American and pre-Columbian civilisations opened up new perspectives.

Artists
André Breton, Giorgio de Chirico, Salvador Dali, Francis Picabia and Max Ernst, etc

Opening hours
Mon -Wed, Fri 10:00am-6:00pm
Sat, Sun and public holiday 10:00am–7:00pm
Closed on Thu (except public holiday )

D'après son titre, la toile représente probablement la scène d'adieux d'Hector à son épouse Andromaque. Hector et Andromaque est une huile sur toile de Giorgio de Chirico réalisée en 1918. Deux personnages humanoïdes, l'un masculin l'autre féminin sont représentés debout, se tenant par les épaules. Ce sont des mannequins fait d'éléments d'architecture ou de mécanique, équerres, plan roulés, règles. Leurs couleurs sont ocre et orangés, les têtes sont blanches. Ils sont soutenus par des éléments de bois. Le fond sombre et froid est presque lunaire. La couleur du ciel est presque noire, au niveau de l'horizon, une bande jaune vif suggère un lever de soleil. Les éléments du décor sont orangés et cubiques. Leurs ombres cependant sont orientées de façon opposée à ce que suggérerait le lever du soleil en fond. Hector et Andromaque 1918 Surréalisme Huile sur toile 100 × 70 cm Menil Collection, Houston (États-Unis)

Hector et Andromaque 1918
Surréalisme
Huile sur toile 100 × 70 cm
Menil Collection, Houston (États-Unis)

D’après son titre, la toile représente probablement la scène d’adieux d’Hector à son épouse Andromaque.
Hector et Andromaque est une huile sur toile de Giorgio de Chirico réalisée en 1918.
Deux personnages humanoïdes, l’un masculin l’autre féminin sont représentés debout, se tenant par les épaules. Ce sont des mannequins fait d’éléments d’architecture ou de mécanique, équerres, plan roulés, règles. Leurs couleurs sont ocre et orangés, les têtes sont blanches. Ils sont soutenus par des éléments de bois. Le fond sombre et froid est presque lunaire. La couleur du ciel est presque noire, au niveau de l’horizon, une bande jaune vif suggère un lever de soleil. Les éléments du décor sont orangés et cubiques. Leurs ombres cependant sont orientées de façon opposée à ce que suggérerait le lever du soleil en fond.

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