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L'Etranger, mon semblable mon frère - SAUVÉS PAR LE KONG

L’Etranger, mon semblable mon frère

Il est des œuvres littéraires si puissantes, si profondément ancrées dans l’intimité de leur langage,

qu’elles semblent défier toute transposition à l’écran.

           

J’avais déjà écrit en 2021 que les « Illusions perdues » sous la focale de Xavier Giannoli rendait grâce à l’œuvre de Balzac et demeurait en soi un petit miracle cinématographique, l’esthétique suppléant la visée de l’auteur. Mais camera obscura n’est pas lecture à la chandelle. L’exercice de style est différent et comparaison n’est pas raison. Si vous regardez Giannoli, vous ne lirez pas Balzac.

https://lnkd.in/ggtAJ7ep

Quelques années plus tard, mon avis n’a pas changé, Benjamin Voisin non plus.

Et si le premier est à nuancer, le second est à congratuler. Voisin est Meursault. Bravo.

Ozon porte à l’écran, Voisin incarne. Même ses silences et ses yeux embués de soleil  exsudent Meursault.

Oui, Voisin transpire Meursault et c’est comme cela qu’on l’imaginait.

Un mix de Baudelaire et d’Antonin Artaud en pleine fièvre tropicale.

L’Étranger d’Albert Camus est l’archétype du texte où chaque mot, chaque silence, chaque virgule porte le poids d’une philosophie de l’absurde et d’une émotion indicible. Ainsi de la Nausée de Sartre : je ne verrai plus jamais un marronnier sans me demander si j’aurais pu être à sa place dans l’entropie du parc qui nous entoure.

Pourtant, François Ozon, avec une audace mesurée et la sensibilité qu’on lui connaît, s’est attelé à pallier la gageure. Et si son film ne saurait, bien sûr, restituer l’intégralité de la philosophie camusienne , il en capture l’essence avec une élégance qui force l’admiration. Pensée de midi à la bonne heure.

           

L’esthétique du réalisateur, blanc de noir, à la fois épurée et criante, noir et blanc, sert admirablement l’atmosphère de la fable philosophique. Les plans larges sur les paysages algérois, baignés d’une lumière crue plantent le decor de l’hamartia à venir.

☀️Dans un Cluedo camusien c’est le soleil qui a fait le coup avec le chandelier qui darde…

Les cadrages qui isolent Meursault dans son indifférence apparente, Marie qui n’y comprend rien à l’indifférence de l’indifférence, tout concourt à créer une immersion visuelle où l’absurdité du destin se fait tangible.

C’est ce que Camus voulait dans son cycle de l’Absurde:

que cette indifférence provoque une révolte. Et si ça commençait par acheter sa place de cinéma ?

Matthieu
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